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Philippe Massière (AlterBative) : "La CAE permet de respecter toutes les obligations et de sécuriser l'activité"

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Philippe Massière (AlterBative) : 'La CAE permet de respecter toutes les obligations et de sécuriser l'activité'

L'AlterBative est une coopérative d'activité et d'emploi, un concept original qui permet à un artisan de devenir un entrepreneur salarié. Spécialisée dans le bâtiment durable, cette coopérative créée il y a six ans en Poitou-Charentes accueille 27 entrepreneurs.

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Quel est le concept de L'AlterBative ?

Philippe Massière : Principalement, les artisans qui font partie de l'AlterBative font de l'écoconstruction et de l'écorénovation. Ils utilisent pour leurs chantiers des matériaux biosourcés, du bois sourcé le plus près possible et non traité, ils traitent les murs et les sols à la chaux...

Les artisans qui nous rejoignent n'ont pas encore tous fait du bâtiment durable, mais petit à petit, nous les amenons sur le chemin de l'écorénovation via la formation.

Comment est née l'AlterBative ?

En 2014, l'un des fondateurs d'AlterBative, qui était biologiste, a décidé de travailler de ses mains et d'une autre manière sur la protection de l'environnement. Il s'est formé chez les compagnons, en passant un CAP charpente.

Avec deux personnes qu'il a rencontrées au cours de sa formation, ils ont décidé de former une nouvelle activité. Au gré de leur réflexion, ils ont été informés de la création des CAE, coopérative d'activité et d'emploi, un concept qui leur a plu et qu'ils ont décidé d'adopter.


Qu'est-ce qu'une coopérative d'activité et d'emploi ?

Une CAE permet à des porteurs de projets de créer et de tester leur activité, en signant un contrat d'appui au projet d'entreprise (CAPE), qui prévoit des engagements réciproques. Au bout de 9 ou 12 mois, ils peuvent devenir salariés, puis associés.

La CAE dispose d'une équipe d'appui, avec des salariés ETAM dans le bâtiment (employés, techniciens et agents de maîtrise), qui gèrent tous les services mutualisés aux entrepreneurs (comptabilité, secrétariat, bulletins de salaire...). Au tout départ, il y avait des CAE généralistes, accueillant toute sorte de métiers (comptabilité, photographie, toilettage...).

Puis, on a créé des CAE bâtiments, car des compétences techniques sont nécessaires pour pouvoir souscrire les assurances décennales et les autres assurances professionnelles. Il existe aujourd'hui une quarantaine de CAE spécialisées dans le bâtiment en France, dont certaines sont anciennes et ont été créées il y a près de 20 ans.

Quelles sont les spécificités de la CAE ?

Nous allons plus loin que du portage salarial, puisque nous proposons des ateliers pour permettre aux entrepreneurs de gagner au final en autonomie (faire son site Internet, réaliser sa carte de visite...). Une fois par trimestre ensemble, nous organisons "Les Aprem'Bative", un atelier de travail le matin et une visite sur le terrain l'après-midi.

Ce côté convivial permet à chacun de ne pas rester dans son coin. L'originalité, c'est qu'il y a un seul SIRET. Les artisans sont totalement autonomes dans leur relation client, ils font leurs devis et leur facturation, mais ils sont salariés. C'est sur leur résultat mensuel qu'ils vont pouvoir se payer un salaire net. L'équipe d'appui gère tout le reste, les salaires, les déclarations sociales...

Ma fonction au sein de l'AlterBative est de coordonner l'équipe d'appui pour mettre en place les procédures et le suivi de chaque entrepreneur. Je fais aussi du développement territorial.


Qu'est-ce qui a convaincu les artisans de vous rejoindre ?

Il y a autant d'histoires que de personnes. En majorité, ce sont des gens qui avaient un autre métier et qui ont souhaité en changer. De plus en plus de personnes veulent donner un autre sens à leur vie et retournent à un métier manuel. Ils ont entendu parler de nous par le bouche-à-oreille, par Pôle Emploi ou au cours de l'une de nos réunions d'information.

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Ils ont fait leur propre parcours en choisissant une activité manuelle. Pour entrer dans la CAE, il faut soit beaucoup d'expérience, soit au moins un CAP. Le choix de la CAE, c'est souvent le hasard. Ils apprécient de ne plus être seuls à tout gérer dans leur entreprise, ce qui leur permet de se concentrer sur leur travail et de ne s'occuper que de leurs clients et de leur savoir-faire.

Et quels avantages y trouvent-ils ?

Cette formule permet de respecter toutes les obligations financières, sociales et administratives et de sécuriser l'activité. Le fait d'appartenir à une CAE permet aussi de bénéficier de l'activité de tous les entrepreneurs, d'échanger, de faire des rencontres, de construire des projets en commun ou de proposer de la sous-traitance interne...

Dans un premier temps, ils travaillent seuls. Ils vont voir leurs clients, qui leur commandent des travaux. Dans le cas d'un chantier où il faut aller plus vite ou travailler à deux, ils sollicitent un autre salarié de la coopérative, qui signe un contrat de sous-traitance interne.

Comment épaulez-vous les artisans sur le plan technique ?

Les bases définies par les trois fondateurs par rapport au bâtiment durable restent valables. Ils souhaitaient privilégier les chantiers locaux pour éviter les déplacements et la perte de temps, mais aussi utiliser les matériaux les plus locaux possibles. Les artisans d'AlterBative travaillent avec les matériaux et les méthodes que l'on utilisait avant, ce qui n'empêche pas l'innovation, comme la chaux-chanvre.


Ils participent régulièrement à des formations au bâtiment durable, faites par les entrepreneurs et pour les entrepreneurs. Notre accompagnateur technique, qui fait partie de l'équipe d'appui et a été entrepreneur salarié, a les compétences pour aller chercher les techniques qui permettent d'évoluer et de répondre aux enjeux de la construction ou de la rénovation durable.

Dans le cadre de la RE 2020, il va se former pour faire des analyses de maison à rénover et proposer aux clients soit de la rénovation soit de la construction dans le respect de la loi en vigueur, et leur faire bénéficier des crédits d'impôts.

Quel est le mode de gouvernance de la CAE ?

Dans une SCOP, un associé égale une voix. En assemblée générale, ce n'est pas celui qui a le plus gros capital qui décide de tout. Nous avons dépassé ce stade et nous fonctionnons plutôt sur de la gouvernance partagée, en sociocratie. Il y a plusieurs cercles (coordination, richesses humaines, ...), ces cercles sont souverains pour proposer de nouvelles actions ou résoudre des problématiques pour permettre à l'AlterBative de toujours mieux évoluer.


Dans ces cercles, c'est de la gestion par consentement. Nous ne cherchons pas à ce qu'il y ait de l'unanimité et que cela plaise, il faut que ce soit le plus acceptable pour tous. Ces décisions ne sont valables que si elles apportent un plus. Comment les artisans s'en saisissent-ils ? Tout au long de leur vie d'entrepreneur, dès l'intégration et la signature du CAPE, nous leur expliquons le principe de la gouvernance partagée.

Nous leur proposons un chemin de développement de la coopérative qui leur permet de devenir à terme gérant. Cette personne doit assister aux ateliers, participer à la vie coopérative, animer un cercle, pour monter en compétence coopérative. Cette démarche d'éclosion coopérative permet de participer à tous les échelons de la vie coopérative.

Quels revenus pour un artisan en CAE ?

La loi du 31 juillet 2014 relative à l'économie sociale et solidaire a défini le cadre légal de fonctionnement d'une CAE. La rémunération est composée d'une part fixe, versée chaque mois, et d'une part variable calculée en fonction du chiffre d'affaires. Pour la part fixe, AlterBative suit le plafond de la sécurité sociale par trimestre (1510 euros) qui permet de cotiser à la retraite, ce qui représente au moins 510 euros de part fixe par mois, certains souhaitant plus (jusqu'à 1500 euros net).

L'artisan peut percevoir une avance sur la part variable de l'année. Les artisans ne sont pas obligés de travailler 80 heures par semaine, certains veulent travailler 35 heures ou 50 heures. En tant qu'entrepreneurs, ils gèrent eux-mêmes leur temps de travail. Dans les bulletins de salaire, il n'y a pas de nombre d'heures. En revanche, dans le devis, tout est détaillé, avec le nombre d'heures, la préparation et la protection du chantier incluse.

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